La Fille et le Moudjahidine. Un récit étonnant.

Texte étonnant de la journaliste française Prune ANTOINE publié sur la plateforme Inouï, disponible en ligne.
Ecrit dans un style direct, à la première personne, ce récit nous plonge dans une rencontre improbable (mais réelle) entre une journaliste française exilée à Berlin et Djahar, un jeune lutteur caucasien musulman réfugié en Allemagne avec toute sa famille.
Le Caucase c’est cette région qui connait une guerre sans fin entre la Russie (Orthodoxe) et les habitants musulmans des Républiques Caucasiennes. Le Caucase est aussi, comme par hasard, terre de naissance des deux frères Tsarnaïev, auteurs du double attentat du Marathon de Boston.
Mais revenons à Djahar.
Ce qui frappe le lecteur de « La fille et le moudjahidine » c’est son style. Direct.
Prune Antoine est dans l’histoire. La journaliste s’implique, se décrit dans cette relation amicale, avec ses à-priori, ses doutes, ses questions. Un ton franc qui fait du bien dans ce monde « politiquement lisse et correct » du journalisme francophone.
Emporté dans ses bagages, le lecteur découvre avec elle le quotidien pas toujours drôle du jeune réfugié. On les suit en voiture volée dans des bleds paumés où Djahar va donner une raclée aux lutteurs locaux. On est surpris comme elle, on saisit ses peurs (que trafique ce Djahar réellement?)… Dans une ambiance de mystère très subtile, Prune Antoine nous prend à témoin.
Elle rencontre les parents de Djahar, êtres perdus tombés d’Ossétie comme catapultés d’un autre temps. On comprend le rôle de Djahar, le seul homme de la famille à parler allemand, sorte de père de substitution pour toutes les démarches.
Hélas pour Djahar, sa situation est une impasse. Trop « caucasien » pour être un « vrai allemand », trop « allemand » pour être un « caucasien ». Tension entre les identités multiples. Tiraillements avec ses parents qui voudraient le voir épouser une « vraie » femme (musulmane donc)… alors que lui collectionne les amourettes avec des Allemandes. Il cherche à s’intégrer, mais en 2015 en Allemagne il n’y a pas d’avenir lui.
Et peu à peu le doute s’installe. Djahar perd le rêve. Il se replie.
L’Allemagne ne lui propose rien. Il est comme réduit à rester l’étranger.
A force de se chercher il s’est perdu.
On assiste impuissants, comme la journaliste, au glissement. On voit le jeune homme, pourtant peu pratiquant, se réfugier dans la religion. On comprend comment Djahar, de galère en petits trafics, se radicalise. Le mot est lâché. Il parle « niquab », il parle « djihad »… dans ses SMS et les WhatsApp qui jalonne les échanges.
On n’y peut rien, on comprend que la question n’est pas religieuse. Elle est plus grande que les épaules du jeune lutteur. Elle est sociale. L’Europe n’offre pour l’instant aucun espoir au jeunes hommes musulmans. Perdus dans leur définition de la masculinité, rejetés de toute part, leur seule issue semble être de partir pour le Djihad en Syrie avec l’Etat Ismalique.
Situation folle où l’Europe, un continent de 700 millions de personnes, perd de vue sa responsabilité dans l’avenir de ses propres habitants. La soi-disant Guerre Sainte de L’E.I tiendrait-elle lieu de « American Dream » de la jeunesse musulmane européenne ?

En tant que francophone nous aurons rarement la chance de découvrir la réalité allemande. Prune Antoine nous donne cet accès. C’est ce que fait son originalité et sa force.

Entre l’article et la nouvelle, La fille et le Moudjahidine est un texte long. Vous pourrez le lire en une heure, pendant un trajet. Publié sur la plateforme Inouï (3.99$) ou par abonnement.

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